ADJO, DJOK et DJOU, DJOUK

... plus qu’une affaire de pieds au sol

 

 

Dans le vocabulaire créole guyanais de nombreux mots ont pour préfixe "Djo" ou "Djok" et "Djou" ou "Djouk" ; il y a une cohérence entre ces mots.

Au premier abord ces mots ont un rapport avec les "pieds".
Le terme "Djouk" par exemple, en créole guyanais, veut dire un shoot dans une balle avec le bout du pied (attention au foulage d’orteil). Il désigne aussi une paire de chaussure d’homme à bout pointu ; par ironie on pouvait dire à un ami ayant une paire de chaussure neuve : "To poté roun djouk tchéko!".

Ce terme "Djo" ou "Djou" ne désigne pas seulement les pieds, mais aussi ses rapports avec le sol. Plus largement, il décrit une posture fléchie. Pour preuve, le terme "Djokoti" qui veut dire accroupi.

"Djo" ou Djou" introduit l’idée d’une posture guerrière fléchit en contacts ferme avec le sol. Il évoque l’idée de "camper", "d’implanter", "d’enraciner" et aussi de "lourd" au sens de "pesant" comme celui qui a du poids et qui est "indéracinable", "inébranlable". (Cette dernière description correspond à un autre mot créole : "Dòkò" ; ce pourrait-il qu’il y un lien avec "Djoko" ?)

L’expression "Fanm Djòk", décrit bien l’idée d’une femme "campée" prête à en découdre.

Notons aussi les mots créoles "Djopopo" et "Djoubaté" qui ont en commun l’idée de "lutter". En effet, "Djopopo" veut dire une échauffourée verbale pouvant se terminer aux mains et "Djoubaté" veut dire se débattre, se démener pour se dégager d’une situation périlleuse ou pénible.

"Djok" ou "Djouk" est certainement d’origine africaine. En frontière de la Guyane existe une forte pollution issue de la traite négrière hollandaise dénommée "Djuka" (prononcer Djouka) ; on parle même de "Pays Djuka" pour désigner leur territoire d’implantation le long du Tapanahoni. Le nom "Djuka" vient d’un ancêtre guerrier qui le portait. Est-il possible que ce nom "Djuka" ait, à l’origine, un lien avec une apparence trapue ou un caractère belliqueux ?

Yannick THÉOLADE, créateur de l’art martial "Djokan", affirme que celui-ci est d’origine guyanais. On peut noter le lien entre le nom de cet art et la posture caractéristique de celui-ci qui est la flexion en position de garde campée.

Enfin, il y a le rythme traditionnel guyanais aujourd’hui disparu appelé : "Djouba". Le Djouba vient du "Giouba" une danse de récolte de l’Afrique de l’Ouest et donna la "Juba dance" Afro-américain où tout le corps est sollicité pour faire des sons: claquement des mains, tapotements des cuisses et aussi… piétinements vigoureux ; cela donna peu de temps après la "Tape-dance" ou les "Claquettes".

Ainsi, notre préfixe "Djo" et "Djou" est bien une affaire de pieds au sol, mais évoque plus: l’idée d’implantation au sens de fixation ou d’enracinement pour, notamment, s'apprêter à lutter.

 

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