Le Grajévals

ou

Grajé-vals

 

 

TetecheGRAJÉVALS, aussi orthographié Grajé-vals, est le nom d’un rythme traditionnel créole guyanais, et de la danse qui l’accompagne. Il s’agit d’un nom composé formé de " Grajé " et de " vals ", ‘ valse ’ en français.

Le Grajé est un autre rythme créole guyanais, pourtant, malgré les apparences, ces deux rythmes sont très différents. En revanche, le Grajévals, s’apparenterait plus à la valse originaire d’Europe. Dans l’une comme dans l’autre, il s’agit de danse effectuée sur rythme à trois temps, qui privilégie les gestes circulaires. Le Grajévals est une danse gracieuse, élégante, empreinte de solennité.
À titre d’information, le mot ‘ valse ’ vient de l'Allemand " Walzer " qui signifie tourner en cercle.


Quelles sont les origines du Grajévals ?

Pour beaucoup de folkloristes, et de profanes, son appellation, prouverait que le Grajévals à des origines européennes. Voilà par exemple ce qu’en dit R.Horth : " Le grajé-valse est une valse française mise au goût africain ".

Il est vrai que de par sa légèreté et sa rapidité, le Grajévals a tendance à être assimilé à une valse française. Mais le Grajévals est bien un rythme " créole", c’est à dire un rythme métissé. Si le mot " créole " est aussi synonyme de mixité (impliquant toujours un apport négroïde), le Grajévals serait lui aussi une expression du brassage culturel entre Créoles (descendant d'Africains) et Européens.

L’écrivain et sociologue Rémi Hess, spécialiste de la danse de couple, dans son ouvrage La valse: un romantisme révolutionnaire, nous apporte quelques éléments sur l’apparition de ce rythme dans les colonies et en Guyane :

" Le 19ème siècle fut celui de la mondialisation de la valse. Cela s’est parfois fait de manière douloureuse. Ainsi, dans les colonies, des planteurs ont invité des maîtres de danse métropolitains pour organiser leurs loisirs. Excédés par les chants et les danses des esclaves, ils ont obligé ceux-ci, à coups de fouet à danser la valse. Certes à un moment de l’histoire des colonies, un retournement s’est opéré. Les esclaves se sont approprié le rythme à trois temps et la valse, ils en ont fait une composante des danses métisses. L’hymne guyanais par exemple, est un " lérol " à trois temps, dansé sur un pas de valse. Mais, assez souvent, la confrontation entre valse dominante et danses locales s’est produite sur un autre mode.
La valse est fortement présente […] dans la danse créole. […] Il existe donc des valses métisses. "

Dès le début du 19ème siècle et durant tout le siècle : la valse, la polka et la mazurka animent les bals de la bonne société. Toutes ces danses apparaissent dans les sociétés bourgeoises des colonies, mais se répandent aussi dans les bals populaires où européens et esclaves affranchis se côtoient. C’est ainsi que la valse créole fait son apparition. Les " bals Nègres " de l’époque, subissant cette influence, verront-ils certainement apparaître la danse du Grajévals, inspirée des valses viennoises, mais sur un rythme à trois temps déjà présent en Guyane, mais celui-ci venu d’Afrique.

Le Grajévals, le Béliya, la Djanbèl et le Labasyou sont des danses qui, originellement, ont toutes le même ostinato, la même figure rythmique répétitive, jouée sur le tambour foulé. Ce rythme est un des legs des Noirs Africains, déportés en Guyane durant l’époque coloniale. Chez les Toucouleurs de langue peule, dont il est originaire, il porte le nom de Yéla (voir " Le Béliya ").


Même rythme mais différent

Bien que leur rythme soit identique, le Grajévals, le Béliya, la Djanbèl et le Labasyou sont tous différents dans leurs danses, leurs répertoires de chants, et dans les variations du tambour koupé, c’est-à-dire dans le jeu du soliste.

 

Pépite d'or

Pour jouer le Grajévals on a besoin des trois tambours de la batterie des tanbou kasékò, à savoir les tambours foulé, plonbé et koupé, et bien sûr d’un tibwa pour marquer le tempo.

Le Grajévals est, comme les trois autres cités, un rythme à trois temps dont l’origine remonte à l’Afrique.

Le foulé, c’est à dire l’ostinato, originel du Grajévals est saccadé et se joue ainsi :

 
G D   D G D D D
Une mesure
Inversement si gaucher
D = main droite ; G = main gauche ; ● = son grave ; ○ = son aigu

Le tibwa originel du Grajévals, se joue comme son foulé.

ka tak   tak ka tak tak tak
G D   D G D D D
Une mesure
Inversement si gaucher
D = main droite ; G = main gauche


Toutefois, ces dernières décennies, le rythme du Grajévals a subi quelques évolutions. Pour le singulariser des autres rythmes, précédemment cités, dont il est très proche, de nombreux groupes folkloriques et dòkò tanbouyen, détenteurs du savoir culturel, ont adopté un rythme plus ‘ rond ’, sans saccade. Son rythme a été affiné et, de ce fait, ressemble maintenant, beaucoup plus à une valse européenne.

La variante du foulé du Grajévals est ‘ ronde ’ et se joue ainsi :

G D D G D G D D D
Une mesure
Inversement si gaucher
D = main droite ; G = main gauche ; ● = son grave ; ○ = son aigu


Une des variantes du tibwa
du Grajévals, se joue comme son foulé.

ka tak tak ka tak ka tak tak tak
G D D G D G D D D
Une mesure
Inversement si gaucher
D = main droite ; G = main gauche


Une autre variante du tibwa peut aussi être joué comme suit :

tak ka tak ka tak
D G D G D
Une mesure

 

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