Le Djouba

Un rythme oublié


LE TERME Djouba, (anciennement orthographié Diouba, et encore Juba, dans les territoires anglophones) est présent dans de nombreux folklores des pays et îles de la Caraïbe et d’Amérique.

Djouba et Juba, des Caraïbes aux Amériques

Il existe :

- Le Djouba d’Haïti, est la danse des fermiers et des paysans, célébrant la terre et ses fruits. C’est une danse de séduction entre paysans et paysannes, rythmée par des tambours.

- Le Juba est aussi un des rythmes de la musique traditionnelle au tambour, appelée Big Drum sur l’île Carriacou, une des dépendances de l’État de Grenade. Les habitants de Carriacou s’exprimaient dans un Patois proche du Créole parlé à Sainte-Lucie, mais qui, aujourd’hui, n’est parlé que par de rares anciens.

- Il y a encore le Yubá de Puerto-Rico, un des rythmes de la musique traditionnelle au tambour, appelée Bomba.

- Le Juba, ou Juba Dance, et dans sa forme longue 'Pattin Juba' (‘Juba tapotant’) était dansé dans le sud des États-Unis, par les esclaves dans les plantations, jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il était aussi connu sous l’appellation Hambone.
On appelait cette danse 'Pattin Juba' (‘Juba tapotant’) parce qu’en l’absence de tambours, interdits par les colons craignant les messages tambourinés qui pourraient appeler à la révolte, les esclaves se mirent à utiliser leurs corps comme instruments de percussion : battements de mains, piétinements Master Jubavigoureux, tapotements des cuisses, des joues, du torse, des épaules, talons s’entrechoquant, le tout sur un rythme rapide... Cette danse fut popularisée par unesclave du nom de William Henry Lane, alias Master Juba (Maître Juba), qui, du fait de son talent et de l’originalité de la danse, finit par se produire lors de spectacles réunissant une population blanche. Il devint très populaire. La danse Juba serait l’ancêtre des claquettes (Tap Dance) et du Swing.

William Henry Lane
1825-1852

- La danse Juba était connue et pratiquée à la même époque, en Guyane Hollandaise, actuel Suriname. En cadence, les esclaves formaient une ronde qui tournait autour de deux danseurs improvisant des pas. Des chants et des battements de mains rythmés accompagnaient leurs performances.

- Le Djouba était présent dans le folklore de la Martinique où il correspondait à une danse, mais aussi à un instrument, le tambour-djouba.

- Le Djouba de la Guyane, est lui aussi, tombé en désuétude. Il était encore joué et dansé jusqu’au milieu du XXème siècle.

La diffusion du Djouba dans la Caraïbe et en Amérique, remonte à la période coloniale. Les esclaves déportés y introduisirent le Giouba, qui était une danse traditionnellement pratiquée en Afrique de l’ouest. Il s’agissait d’une danse joyeuse, associée à la récolte.

Le Djouba guyanais: un Kanmougwé combiné avec du Grajé

Le Djouba en Guyane se jouait aux tambours, sur une association de deux rythmes.
Deux auteurs guyanais, Michel Lohier et Auxence Contout, le mentionnent dans leurs écrits.

" Le Diouba est un camougué qui se danse sur place avec cette différence qu’il est accompagné des tambours du gragé. " — Michel Lohier, Les mémoires de Michel

" Le Diouba est une piquante  pimentade ce camougué et de gragé. […] Ce camougué s’évertue à se faire accompagner des tambours du gragé. " — Auxence Contout, Langues et cultures guyanaises

BatuqueLe Djouba est en fait un Kamougé (ou Kanmougwé) qui se fait accompagner de tambourins, ou de tambours, jouant le rythme du Grajé.

Au début des années 80, le groupe WAPA apporta une innovation rythmique qu'il titra: Djouba-Djouba " (avec un chant ayant pour refrain: " A ya ya iya, anké lélé, a ya ya, ya " ). Il s'agit en fait d'un rythme de Débòt qui va en s’accélérant à mesure que les couplets et les refrains sont répétés, puis s'arrête brusquement. Ce rythme plaît au public, il met à l'épreuve la cohésion et la résistance des tanbouyen et donne aux danseuses l'opportunité de faire des déhanchés incroyables.
Pour autant et bien qu'il soit innovant, il ne s’agit pas là du rythme du Djouba originel !

BatuqueToutefois, en se référant aux recherches de Madame Monique Blérald, dans son ouvrage Musiques et Danses Créoles au tambour de la Guyane Française, nous apprenons que les pas de danse exécutés lors du " Djouba-Djouba " seraient ceux du Djouba original.

Ainsi, qu'il s'agisse du rythme ou de la danse, le Djouba guyanais est une combinaison du Kamougé et du Grajé.

À ce jour, contrairement à la danse, le rythme original n'a toujours pas été restitué.

Photos: Le "Batuque" brésilien se joue avec des tambours semblabes à ceux du Grajé et du Kanmougwé.

La danse

Cette danse est un harmonieux mélange des pas des deux rythmes précités : le mouvement des pieds, le piétinement, le fait de " tasser " le sol, son typique du Kamougé (Kanmougwé) où l’on danse beaucoup sur place ; tandis que le mouvement des bras dans le Djouba pourrait être rapproché au glissement des pieds qui est caractéristique au Grajé.Monique-Blerad

Madame Blérald nous décrit la danse comme suit :

La danse du Djouba comprend essentiellement deux phases :
- Les petits bonds avec les pieds joints
- Le balancement sur place.
Les danseurs sont rangés sur deux files face à face.
Les cavaliers et les dames exécutent les mêmes pas.

Les pas de base
Le danseur fléchit constamment les genoux, en restant sur place et en suivant le rythme du tambour. Ce qui correspond plus ou moins à un mouvement longitudinal où il se baisse et remonte comme mu par un ressort.

Le mouvement des mains
Il est le même que celui de la Djanbèl (rythme créole au tambour). Les deux mains sont jointes et effectuent un mouvement de va-et-vient, de soi vers l’extérieur.

Les reins
Avec les reins, le danseur effectue de petites rotations, comme dans le Labasyou (autre rythme créole au tambour). Il achève son balancement en donnant un petit coup de rein sec en harmonie avec le coup également sec du tambour.

Le " ti pa soté "
Lorsque le danseur avance, il effectue de petits bonds, les pieds joints, les genoux toujours semis-fléchis et les mains (poings) aux hanches.

Le " pa plonbé "
Lorsque le danseur avance, il effectue son balancement sur place, il peut terminer également son mouvement sur le « pa plonbé » comme dans le Kamougé (Kanmougwé) et en harmonie avec le tambour.

La tenue

La tenue portée en général par les dames est la robe courte d’intérieur, la gòl. Les hommes peuvent, pour être en harmonie avec leur cavalières, revêtir la chemise à plastron fleurie ou à carreaux et le pantalon bleu.

Yongwé et Srèk tanbou, deux instruments atypiques pour le Djouba

Le Kasékò, Léròl, Débòt, Grajévals ou Béliya se jouent avec les trois tambours classiques que sont les tanbou Koupé, Foulé et Plonbé. Ces tambours reprennent l’apparence des barils de rhum antiques et sont recouverts de différents types de peaux d’animaux pour obtenir les sons aigu, médium et grave.

Le Kanmougwé et le Grajé font exception. Bien que pouvant être joués avec les tambours précités, ces deux rythmes ont leurs instruments spécifiques.

Tanbou-kanmougweNormalement, le Kanmougwé se joue avec un tambour appelé Yongwé existant en 'mâle' et 'femelle'. Il s’agit d'un tambour formé d’un tronc d’arbre évidé long d’un mètre cinquante à un mètre quatre-vingt. Et contrairement au rythme classique, le Foulé (l’accompagnement) est fait avec le Yongwé femelle plus aigu et le Koupé (le solo) avec le Yongwé mâle plus grave. Le Ti kann boulé joue le rôle de Tibwa dans le Kanmougwé, c’est l’autre instrument rentrant de la composition du rythme. Il s’agit d’un bâton frappé simultanément à l’arrière des deux tambours Yongwé pour donner la pulsation rythmique.

Le Grajé a lui aussi ses propres instruments, il s’agit des tambourins (Tanbouren en créole). Ils sont constitués d’un cercle (d’où le terme Srèk en créole) et d’une peau tendue, le tout faisant environ une dizaine de centimètres de profondeur et une trentaine de centimètres de diamètre. Il existe des Tanbouren Foulé (pour l’accompagnement) et Koupé (pour les solos).
Les tanbou Kanmougwé
ou Yongwé mal ké fimèl

Les Yongwé et les Srèk tanbou (terme peu usité au profit de Tanbouren) s’opposent par leur taille et leur forme. Leur point commun, c’est qu’ils doivent être chauffés avant d’être utilisés afin de tendre la peau. Bien que différents et réservés à des rythmes spécifiques, ces instruments atypiques se retrouvaient pour jouer le Djouba.

Tanbou-grajé



Les tanbou Grajé ou tanbouren (tambourins)
dit aussi Srèk tanbou (tambours sur cadre)

 

Le mélange des rythmes, une très ancienne tradition

le mélange de deux rythmes pour n’en faire qu’un serait une ancienne tradition de tanbouyen laissée en désuétude. En effet, les rythmes principaux avaient leur région de prédilection. Cet ainsi que le Grajé était joué dans la région littorale du Centre-Ouest, c’est-à-dire : Iracoubo, Sinnamary et Kourou ; Le Kasékò lui, du centre littoral jusqu’à l’Est : Cayenne, Macouria et St-Georges ; et le Kanmougwé, dans les vallées de l'Approuague et de l’Oyapock.

On peut penser que quand les tanbouyen de ces communes se retrouvaient ils combinaient leurs rythmes. Le mélange du Kasékò et du Grajé donna le Kaladja ; celui du Kanmougwé et du Grajé : le Djouba. Plus rare, il y eu aussi un mélange du Kasékò et du Kanmougwé.

 

Amazon’Tanbou, un groupe qui associe les rythmes

Associer deux rythmes traditionnels dans un, est aujourd’hui une innovation qu’Amazon’Tanbou a mis en évidence. En effet, en 2010 ce groupe, exclusivement féminin et qui se veut non conventionnel, a sorti son premier album dans lequel se trouve le titre : " Travay bati " qui combine, ou fait succéder alternativement, le Labasyou et le Grajévals ; le style est appelé Grajélabasyou. Le public guyanais fut agréablement surpris de cette audace avec la tradition.

Amazon'Tanbou

(Crédit photo : Amazon' Tanbou)

 

Dance Kamougé antique Guyane

Danse du Kanmougwé d'antan à Montsinéry
Le Kanmougwé étant l'un des composants du Djouba

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